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REPORTAGE. Le textile a quitté Mazamet, mais cette entreprise tarnaise fondée en 1865 continue d’habiller…

À Mazamet, les grandes cheminées textiles ont presque disparu, mais les métiers de la manufacture Jules Tournier continuent de tourner. Fondée en 1865, cette entreprise tarnaise transforme laine, fibres techniques et gestes transmis depuis six générations en étoffes pour la haute couture, les uniformes et les tenues d’escrime.

Ce qu’il faut retenir

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  • Jules Tournier fait vivre un savoir-faire textile historique au sein d’une industrie locale largement démantelée.
  • La manufacture travaille pour le luxe sans dévoiler le nom de ses clients.
  • Elle fabrique aussi des tissus de protection, notamment pour les escrimeurs, dont elle revendique la première place mondiale sur ce marché.
  • Ses 90 salariés produisent chaque jour entre 1 et 1,5 kilomètre de tissu.

À Mazamet, une manufacture textile née en 1865 résiste au déclin

La vallée de l’Arnette a longtemps résonné du travail des usines. Jules Tournier est aujourd’hui l’un des derniers témoins de cette industrie textile tarnaise, avec deux sites installés sur 3,5 hectares et une activité qui conserve plusieurs étapes de fabrication sur place.

Au XIXe siècle, l’eau douce de la Montagne Noire favorise le lavage, la teinture et l’apprêt de la laine. Le développement du délainage, alimenté par l’arrivée de peaux de mouton importées à partir de 1851, transforme ensuite Mazamet en centre industriel réputé : la laine est séparée des peaux, puis filée et tissée dans la région.

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Du ballot de laine au tissu haut de gamme

Dans l’entrepôt, des laines d’Argentine, d’Australie et de Nouvelle-Zélande attendent d’être travaillées. Alpaga, mérinos et mohair apportent chacun leurs qualités de douceur, de chaleur ou de légèreté ; le choix de la fibre détermine déjà le toucher et le tombé de l’étoffe.

La transformation commence par l’ouverture et le mélange des fibres, avant le cardage, le filage et le tissage ou le tricotage. Les fils de chaîne sont disposés dans la longueur, puis croisés avec les fils de trame : un principe ancien, mais dont les réglages changent selon le dessin, la densité et l’usage du tissu.

La manufacture, labellisée Entreprise du patrimoine vivant depuis 2015, ne se contente pas de préserver les procédés anciens. Elle archive ses créations afin de retrouver un échantillon de collection à la demande d’un styliste, tandis que l’atelier de création renouvelle les propositions au rythme des saisons.

Les étoffes de Jules Tournier habillent la haute couture et les uniformes

Les clients de la maison ne sont pas nommés : la discrétion fait partie des usages du secteur. La manufacture indique fournir la haute couture et le prêt-à-porter de luxe, avec des tweeds fantaisie et des tissus développés pour des marchés internationaux, notamment en Europe et en Asie.

Cette relation entre création, matière et prestige traverse aussi les stratégies des grands groupes de mode, comme le montre le développement de l’empire de la haute couture de François Pinault. À Mazamet, la contribution est moins visible, mais décisive : une étoffe bien construite donne à un vêtement sa texture, sa tenue et une part de son identité.

Le patrimoine de la manufacture ne se limite pas aux défilés. Elle produit encore des draps cardés destinés à des uniformes de cérémonie, avec des coloris propres à différentes institutions et des tissus utilisés pour les tenues de remise de diplôme de Saint-Cyr.

Des vêtements de cérémonie aux textiles techniques

La diversification explique en partie la continuité de cette entreprise tarnaise. À côté des tissus de mode, Jules Tournier travaille des fibres aramides pour des étoffes techniques destinées à protéger les personnes exposées à la chaleur, aux coupures ou aux perforations.

Ces matériaux trouvent leur place dans des équipements pour les fondeurs, les pompiers ou certains sièges d’hélicoptère. La pièce la plus emblématique reste le tissu employé dans les tenues d’escrime, porté sous le plastron : l’entreprise affirme être numéro un mondial sur ce segment.

La comparaison avec la mode éclaire la singularité du site : dans un cas, le tissu doit séduire par son aspect et son toucher ; dans l’autre, il doit répondre à des contraintes de protection. La même culture de fabrication relie pourtant ces marchés, car chaque défaut peut compromettre soit le rendu d’un vêtement, soit la fonction d’un équipement.

Un savoir-faire textile entretenu par les équipes

Cardeurs, ourdisseurs et spécialistes du contrôle interviennent à des étapes où l’expérience compte autant que la machine. Le rentrayage, par exemple, consiste à remplacer un fil défectueux sans laisser de trace visible ; l’épincetage retire à la pince les fibres étrangères qui auraient échappé aux contrôles précédents.

La transmission passe aussi par la formation interne. Des salariés découvrent parfois le métier en arrivant, puis apprennent les gestes au contact de collègues expérimentés : un enjeu concret pour une industrie locale dont les ateliers ont presque tous fermé ou délocalisé.

Jules Tournier emploie 90 personnes et produit quotidiennement de 1 à 1,5 kilomètre linéaire de tissu. Son chiffre d’affaires a atteint 10,89 millions d’euros dans les données communiquées, après près de 15 millions en 2023, tandis que des investissements dans les énergies renouvelables couvrent l’essentiel de ses besoins en électricité.

Dans cette manufacture du Tarn, l’habillement de luxe et les textiles de protection ne sont pas deux activités opposées : ils reposent sur la maîtrise d’une fibre, la précision du tissage et une capacité à adapter les métiers aux usages. C’est ainsi que, depuis sa fondation en 1865, la maison continue de faire vivre un pan singulier de l’histoire textile de Mazamet.

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À propos de moi

Passionnée par l'univers du luxe, je partage depuis plusieurs années mes découvertes, coups de cœur et conseils sur mon blog. À 44 ans, je navigue entre destinations exclusives, mode intemporelle et art de vivre raffiné. Mon objectif : inspirer chacun à embrasser le luxe au quotidien.